Un pitch deck réussi tient en 10 à 15 slides et donne une seule impression : une opportunité d'investissement. D'après les données publiées par DocSend en 2022, un VC passe en moyenne 3 minutes 20 secondes sur un deck seed. Ce guide traite le deck en tant que document. La structure qui fonctionne tient en 14 slides : cover, problème, métaproblème, pourquoi personne n'a réussi, « on a craqué le code », solution, comment ça marche, marché, concurrence, traction, go-to-market, roadmap, équipe, puis la valo avec la demande de levée. Vous trouverez ensuite 10 exemples de pitch decks et de trames à décrypter, des modèles gratuits, puis les 7 erreurs les plus fréquentes.
Pitch deck : définition et périmètre
Un pitch deck est une présentation courte, 10 à 15 slides, que vous utilisez pour convaincre un investisseur de consacrer du temps à votre projet. C'est un outil de séduction plutôt qu'un document de reporting. Sa fonction : donner assez d'indices pour que la personne en face veuille en savoir plus.
La confusion entre pitch deck et business plan revient souvent. Ce sont deux objets très différents, avec deux lecteurs différents, à deux moments différents du processus de levée.
Définition en une phrase
Un pitch deck, c'est la bande-annonce de votre startup. Le film complet, c'est le business plan, la data room, les conversations de due diligence. La bande-annonce donne envie d'acheter le billet sans raconter la fin.
Pitch deck vs business plan vs executive summary
Les trois documents coexistent dans un processus de levée de fonds et sont souvent confondus. Ce qui les distingue :

Le pitch deck est un support visuel de 10 à 15 slides, lu en quelques minutes, destiné à un investisseur qui n'a jamais entendu parler de vous. Son but : déclencher une réunion.
Le business plan est un document de 20 à 50 pages, très détaillé, avec projections financières sur 3 à 5 ans et analyse de marché poussée. Il est lu en phase de due diligence, par quelqu'un qui vous connaît déjà. Son but : convaincre une équipe d'investissement d'aligner un chèque.
L'executive summary est l'hybride, 1 à 2 pages texte, qui résume la promesse. Il sert d'email d'introduction, parfois en remplacement du deck en toute première approche.
Un conseil swanbase : ne bricolez pas les trois en même temps. Le deck se construit en premier, parce que la contrainte des 14 slides vous oblige à clarifier la proposition. Tout le reste se construit autour.
Le teaser et le master deck
Préparez un teaser de 3 à 5 slides, que vous envoyez en cold email ou aux business angels avant le premier échange, et un master deck de 14 à 15 slides avec annexes, que l'investisseur lit seul après un premier rendez-vous positif. La version projetée pendant le pitch, avec moins de texte et plus d'images, relève de l'oral : notre guide pour pitcher un VC en France la détaille avec le timing et les questions.
Ces trois versions partagent le même récit. Elles changent de longueur, de lecteur et de moment dans la levée.

La règle d'or : faire lire une opportunité d'investissement
Si vous deviez retenir une seule chose de ce guide, ce serait celle-ci. Tous les investisseurs la pensent sans la formuler. Vincent la formule ainsi :
"Votre pitch deck doit donner l'impression que c'est une opportunité d'investissement avant tout. Il faut pas dire que c'est une opportunité, il faut tout faire pour que ça paraisse comme en étant une. Si votre pitch deck ressemble plus à une quête, vous n'êtes pas en position de force pour lever des fonds." (Vincent, swanbase)
Opportunité ou quête, deux postures

Un deck "quête" commence par expliquer tout ce que vous ne pouvez pas faire sans argent. Il supplie, il justifie, il se plaint de la concurrence et liste les risques. Il finit sur une slide "Questions ?" vide.
Un deck "opportunité" montre une traction qui a déjà commencé, un produit qui existe, une équipe qui sait où elle va et une levée qui accélère au lieu de sauver les meubles. Il propose et il démontre. Il part du principe que l'argent finira par arriver, avec ou sans cet investisseur précis.
La nuance est psychologique. Un investisseur met un ticket dans un projet qui a l'air de réussir sans lui. Il ne met pas un ticket dans un projet qui dit "on a besoin de vous pour exister". C'est une question d'asymétrie d'information : si vous avez besoin de lui, il y a probablement une raison, et cette raison le fait fuir.
Le temps de lecture d'un investisseur
DocSend, l'outil de partage de documents de Dropbox, a publié en 2022 le temps que les VC consacrent à chaque section d'un deck seed. Ils y passent 3 minutes 20 secondes en moyenne. Le business model retient le plus longtemps leur attention (64 secondes), devant le produit (59 secondes), la traction (40 secondes), l'équipe (38 secondes) et les financials (37 secondes). Le marché obtient 29 secondes.

Lisez ces chiffres comme une hiérarchie d'attention : l'investisseur scanne le deck et s'attarde là où il cherche une preuve. Concevez chaque slide pour qu'il la comprenne en quelques secondes.
La structure swanbase en 14 slides
Le modèle en 10 slides attendu par les VC couvre problème, solution, marché, produit, traction, business model, go-to-market, équipe, financials, puis la demande. La structure swanbase garde cette ossature et ajoute trois étapes de récit : le métaproblème, « pourquoi personne n'a réussi » et « on a craqué le code ». Respectez l'ordre, car le récit en dépend.

Slide 1 : la cover et la tagline
Nom de la startup, tagline qui suscite la curiosité sans tout expliquer, image produit ou logo propre, lieu, date. Si votre tagline est "la plateforme SaaS B2B pour les PME", refaites-la. Une bonne tagline laisse une question ouverte et crée une image.
Slide 2 : le problème initial
Compréhensible par tout le monde en 10 secondes, zéro jargon. Un enfant de 12 ans doit pouvoir reformuler. Le deck des débuts de TransferWise visait la marge que les banques cachent dans leur taux de change, en plus de leurs frais. Net, concret.
Slide 3 : le métaproblème (la plus importante)
Le métaproblème, c'est le problème que rencontre la personne qui essaie de résoudre le problème initial. Le problème initial : "j'ai faim". Le métaproblème : "les alternatives pour manger livré coûtent trop cher, mettent 50 minutes, le livreur se trompe de porte, le restaurant a oublié la moitié de la commande". C'est ce métaproblème qui vend.
Cette distinction sépare un deck oubliable d'un deck qu'un VC transfère à ses associés le soir même. Si vous devez couper une slide, ne coupez jamais celle-là. Traitez le métaproblème en priorité.
Slide 4 : pourquoi personne n'a réussi jusqu'ici
La "pirouette Hollywood". Vous listez les tentatives précédentes (souvent très bonnes) et vous expliquez pourquoi elles ont buté. Vous désamorcez ainsi la question assassine "mais pourquoi personne ne l'a fait avant si c'est si évident ?". Vous pouvez l'intégrer au récit oral sans slide dédiée si la place manque.
Slide 5 : « on a craqué le code »
La slide signature swanbase. C'est la version francophone, plus humaine, de l'unfair advantage vu partout sur LinkedIn. Vous expliquez pourquoi vous allez réussir là où les autres ont échoué : une découverte technique, une brique réglementaire, une rencontre improbable, un changement de marché, du courage brut.
Cette slide répond à une seule question : "pourquoi nous, pourquoi maintenant". Soyez spécifiques. "Nous avons développé un algorithme propriétaire" ne convainc personne. "Nous sommes les seuls à avoir obtenu un accès API direct à X, signé en octobre dernier" convainc tout de suite.
Slide 6 : la solution et le produit
Montrez le produit. Screenshot, photo, démo vidéo de 10 secondes. Plus on voit le produit, mieux c'est. Une slide produit avec juste du texte, c'est du gaspillage. Un investisseur veut voir à quoi ça ressemble.
Si vous êtes au stade idée sans produit, montrez une maquette, un wireframe, une interface fictive. L'objectif : rendre la chose tangible.
Slide 7 : comment ça marche
Process en 3 ou 4 étapes simples. "L'utilisateur fait X, puis Y, puis Z, et obtient W." Visuellement : trois ou quatre colonnes, une icône par étape, une phrase par étape. Pas plus.
Slide 8 : le marché (TAM, SAM, SOM)
Technique de l'entonnoir. Vous partez du marché global (TAM) en gros format, puis vous réduisez au marché serviceable (SAM), puis au marché initial (SOM) en petit en dessous. L'effet visuel est capital : l'investisseur voit d'abord le marché global et ensuite le premier palier que vous visez.
Attention au piège inverse, un marché trop étroit. Si votre TAM est "50 millions de skaters", c'est un peu juste. Élargissez au segment adjacent pour montrer l'ambition, puis précisez le marché initial. Ne pas mentir, ne pas non plus se rétrécir.
Slide 9 : la concurrence et les douves
Matrice à une ou deux dimensions. L'idée : montrer que vous jouez à un autre sport. Évitez la matrice où vous êtes en haut à droite avec toutes les cases cochées (personne n'y croit). Cherchez celle qui révèle un angle mort du marché, avec vous dedans.
Les douves (economic moats, référence Warren Buffett) sont les barrières à l'entrée qui protègent votre position : effet réseau, data propriétaire, contrat exclusif, brique technique difficile à reproduire, marque. Soyez honnêtes sur les vôtres. Un fondateur qui dit "on n'a pas encore de douves, on construit la première avec cette levée" est plus crédible qu'un fondateur qui invente trois avantages défensifs imaginaires.
Slide 10 : la traction
La seule slide qui ne pardonne pas le flou. Chiffres datés, graphique d'évolution, le plus beau KPI en premier. Revenu mensuel, nombre d'utilisateurs actifs, rétention, signatures de lettres d'intention. Chiffrez tout ce que vous pouvez chiffrer.
Pas de traction ? Assumez. Montrez des signaux faibles (liste d'attente, engagement communautaire, lettres de soutien). La pire option est de cacher l'absence derrière du vocabulaire corporate.
Slide 11 : le go-to-market
Séparez en deux : ce que vous avez déjà fait avec résultats, puis ce que vous allez faire avec la levée. Les investisseurs adorent cette structure parce qu'elle prouve que vous avez déjà essayé des choses. "On a testé 4 canaux, 2 fonctionnent, voici les CAC associés, on va scaler ces deux-là avec la levée."
Slide 12 : la roadmap
Colorez ce que vous avez déjà fait, grisez ce qui reste à faire. Message implicite : vous venez juste de gratter la surface, il reste énormément à construire, et investir maintenant revient à monter dans le train au bon moment.
Attention à ne pas confondre roadmap et liste de features. Une roadmap aligne des jalons business (atteindre X utilisateurs, ouvrir Y pays, passer la rentabilité). Les tickets Jira n'ont rien à faire sur cette slide.
Slide 13 : l'équipe
Photo réelle (aucun avatar), une ligne par fondateur, crédibilité (diplômes, expérience pertinente, réalisations passées, complémentarité entre cofondateurs). Et surtout : le skin in the game. Combien chaque fondateur a investi de son argent personnel ou a renoncé en salaire pour lancer le projet.
"Mettez l'argent que vous avez mis, ça montre que vous êtes skin in the game, que vous croyez à votre projet." (Théo, swanbase)
Dans le relevé DocSend de 2022, les VC passent 38 secondes en moyenne sur l'équipe d'un deck seed. Une ligne par personne suffit, à condition qu'elle dise pourquoi cette équipe peut gagner.
Slide 14 : la valo, la levée et l'allocation
Combien, à quelle valo, dilutif vs non-dilutif en deux colonnes si vous mixez (par exemple un BSA AIR à côté d'une subvention), comment vous allouerez l'argent (produit, recrutements, marketing, ops). Ne bâclez pas cette slide : l'investisseur a cette question en tête depuis la slide 1. S'il ne trouve pas la réponse clairement, il passe.
Slide 15 : les annexes (optionnel mais recommandé)
Après la slide de fin, ajoutez 5 à 10 slides de backup : cap table détaillée, hypothèses financières, détails techniques, études de marché. Vous ne les montrez pas pendant le pitch, elles servent à répondre aux questions sans interrompre le fil. Un deck avec annexes signale un fondateur qui a anticipé.
10 exemples de pitch decks et de trames à décrypter
Huit decks de startups qui ont levé et deux trames d'investisseurs. Chaque exemple renvoie à sa source publique, avec ce qu'il faut en retenir pour votre propre deck.

Airbnb (2008) : poser le problème en 3 bullets
Le deck Airbnb de 2008 est probablement le plus étudié au monde. Sa force : une slide problème en 3 bullets concrets. Le prix compte beaucoup pour les voyageurs qui réservent en ligne. Les hôtels coupent le voyageur de la ville et de sa culture. Aucun moyen simple n'existe pour réserver une chambre chez l'habitant ou devenir hôte. La slide solution répond ensuite à chaque bullet. À copier quand votre problème a plusieurs facettes.
TransferWise, aujourd'hui Wise : attaquer la marge cachée
Le deck des débuts de TransferWise cible une douleur que tout le monde a subie sans la voir : la marge que les banques ajoutent à leur taux de change, en plus de leurs frais. La promesse : l'échange entre particuliers au taux moyen du marché, contre des frais simples et affichés. À copier si votre produit rend visible un coût que le client paie sans le savoir.
Uber (2008) : écrire le deck dès l'idée
Garrett Camp, cofondateur d'Uber, a publié en 2017 le premier deck d'UberCab, le nom d'origine du projet. L'idée date d'août 2008, le deck de la fin de la même année. À copier : écrivez votre premier deck dans les premiers mois, sans attendre un produit fini.
LinkedIn (2004) : ouvrir sur la thèse d'investissement
Reid Hoffman a publié avec ses commentaires le deck de série B présenté à Greylock en 2004. Sa première consigne : ouvrir sur votre thèse d'investissement, puis aller au-devant des objections. En 2004, l'objection principale des investisseurs portait sur le revenu, et le deck la traite d'entrée. Hoffman demande aussi de nommer vos risques et la façon de les réduire. À copier pour votre slide 4, « pourquoi personne n'a réussi ».
Buffer : la traction d'abord
Leo Widrich, cofondateur de Buffer, a publié le deck du seed de Buffer. Il désigne la traction comme l'élément le plus important pour un fondateur qui lève pour la première fois. Il classe la slide concurrence en deuxième. Joel Gascoigne, l'autre cofondateur, a contacté environ 200 investisseurs et en a rencontré une cinquantaine. Il a levé 450 000 dollars auprès de 18 d'entre eux. À copier pour vos slides 9 et 10.
Coinbase (2012) : les slides du Demo Day comme deck
Brian Armstrong a publié l'email et le deck du seed de Coinbase, datés d'août 2012. Un investisseur lui demande un deck après le Demo Day de Y Combinator. Armstrong répond qu'il n'en a pas et envoie ses slides de présentation. Son email donne l'état de la levée : 320 000 dollars déjà engagés, clôture prévue à 1 million. Il finit par une question directe : que puis-je faire pour vous aider à décider ? À copier pour l'email qui accompagne votre teaser.
Front (2018) : écrire ses points faibles avant le rendez-vous
Mathilde Collin, cofondatrice de Front, a publié le deck de la série B de Front, une levée de 66 millions de dollars menée par Sequoia avec DFJ. Elle avait déjà mis en ligne son deck de série A un peu moins de deux ans plus tôt. Son article liste aussi les inquiétudes des investisseurs, dont un prix moyen de vente encore bas et un churn brut plus élevé que souhaité. À copier : notez vos points faibles avant les rendez-vous et préparez la réponse en annexe.
Tilkee (2018) : un deck français publié sans retouche
Sylvain Tillon, cofondateur de la startup française Tilkee, a publié dans Maddyness le deck de la série A de Tilkee. Tilkee a levé 3,5 millions d'euros en avril 2018, dont 2,5 millions auprès de fonds et 1 million auprès de banques. Il cite l'exemple de Mathilde Collin pour expliquer sa transparence. Il liste aussi les questions des investisseurs : roadmap technique, impact du RGPD, intégrations CRM, valeur vie client, cycles de vente. Une question est restée sans réponse : « Comment allez-vous faire 100 millions d'euros de CA ? ». À copier : préparez une annexe pour chacune de ces questions.
Sequoia Capital : la trame de référence des VC
Sequoia publie sa trame de business plan en dix rubriques : raison d'être de l'entreprise, problème, solution, pourquoi maintenant, potentiel de marché, concurrence, business model, équipe, financials, vision. Beaucoup de decks qui ont levé suivent cette logique, peu s'y tiennent à la lettre. Servez-vous-en comme référence structurelle et gardez votre voix.
Y Combinator : la trame seed
Y Combinator propose dans sa Startup Library un guide pour construire un deck de seed : problème, solution, traction, business model, équipe, puis la demande, avec une consigne de clarté et de concision. Si vous avez du mal à tenir en 14 slides, faites d'abord cette version courte : vous verrez ce qui est essentiel.
Modèles de pitch deck gratuits
Pour la structure, partez des deux trames d'investisseurs décrites plus haut : les dix rubriques de Sequoia et le guide seed de Y Combinator. Ne les copiez pas à la lettre, inspirez-vous de la structure.
Pour la mise en forme, Pitch, Figma et Canva proposent des modèles de pitch deck gratuits et modifiables. Pitch en regroupe plus de 20, avec des slides business model, go-to-market et audience cible. Figma les publie dans sa Community, Canva dans sa galerie de présentations. Choisissez un modèle sobre, puis remplacez sa trame par la structure en 14 slides.

7 erreurs fréquentes dans un pitch deck
Chacune de ces sept erreurs repose sur un réflexe qui paraît naturel : vous les repérez vite, vous les corrigez plus lentement.
1. Des slides chargées de texte
Si la slide dit tout, l'investisseur lit en 20 secondes ce que vous mettez 2 minutes à dire, et le reste du pitch devient redondant : gardez une idée par slide et laissez le détail à l'oral.
2. Slide financement bâclée
"Vous avez mis l'argent sous le tapis. Vous avez dit 'on a besoin de 100 000 euros' et vous êtes passés à la slide suivante." Cette erreur est systématique. Expliquez toujours combien, à quelle valo pré-money, pour quoi (allocation), dilutif vs non-dilutif. Un investisseur qui ne trouve pas ces quatre éléments clairement ne prend pas de rendez-vous.
3. Pas de produit visible
Un deck sans image du produit, c'est catastrophique. Une slide "solution" avec du texte uniquement, c'est une occasion gâchée. Mettez un screenshot, une photo, une démo, une maquette. Plus on voit le produit, mieux c'est.
4. Revenir au problème après la solution
Une fois que vous avez présenté la solution, vous ne revenez plus sur le problème. Sauf par use case bref ("voici Marie qui galérait avec X, maintenant elle utilise notre produit"). Sinon, le lecteur a l'impression que vous doutez de votre propre solution et que vous voulez re-justifier son utilité.
5. Le ton "quête" au lieu de "opportunité"
Développé plus haut. Tout ce qui sent la supplication dégrade le deck. Relisez chaque slide en vous demandant : "est-ce que cette phrase suggère qu'on est inarrêtable, ou qu'on a besoin d'aide ?". Si c'est la deuxième, reformulez.
6. Marché sous-dimensionné
"50 millions de skaters, ça fait un peu peur." Un marché trop petit fait tomber le deck, même si votre produit est génial. Appliquez la technique de l'entonnoir décrite à la slide 8 : le TAM doit donner le vertige, le SOM doit être crédible.
7. Slide "Questions ?" vide
Cette slide finale avec juste "Questions ?" en police 120, c'est la fin molle par excellence. Remplacez-la par un récap valo + demande (rappel slide 14), un CTA clair (prochaine étape, date de décision attendue), ou une slide "Thank you" avec vos coordonnées bien lisibles et une dernière citation client. Ne finissez jamais sur le vide.
Quatre règles de forme
Une mauvaise forme peut gâcher un bon fond. Imposez ces quatre règles à votre deck, peu importe l'outil que vous utilisez.
15 slides au maximum
Au-delà de 15 slides, vous perdez l'investisseur. La contrainte est salutaire : vous êtes obligé de choisir. Chaque slide en trop dilue le message. Les annexes ne comptent pas dans ce total, elles sont hors pitch.
Une idée par slide
Si vous avez deux idées, faites deux slides. La règle paraît évidente, elle saute pourtant tout le temps. Les slides "problème + solution" combinées, les slides "marché + concurrence" fusionnées, c'est du bricolage. Séparez. Aérez.
Hiérarchie visuelle (scannable avant d'être lu)
L'œil scanne avant de lire. Le titre de slide doit être 2 fois plus gros que le corps. Une slide doit être lisible en 3 secondes sans parler. Si vous devez zoomer pour lire votre propre slide, refaites la maquette.
Annexes systématiques pour les Q&A
Tout ce qui ne rentre pas dans les 14 slides va en annexes. Cap table détaillée, hypothèses financières, CAC/LTV détaillé par canal, études de marché, détails techniques, bio équipe long format. Ce sont vos munitions de secours pour la session Q&A. Un fondateur qui sort une annexe parfaitement préparée en réponse à une question gagne en crédibilité.
Outils et templates pour créer votre pitch deck
Vous construisez le deck avec son contenu ; l'outil sert à le mettre en forme. Un mauvais outil vous ralentit et vous fait produire des slides qui sentent le template générique. Les modèles gratuits de Pitch, Figma et Canva sont décrits plus haut, après les exemples.
Outils de création recommandés
Claude Design (Anthropic Labs) est notre recommandation par défaut. Vous décrivez votre boîte, la structure en 14 slides et la charte que vous voulez, Claude génère le deck et vous l'itérez par la conversation, puis vous l'exportez en PPTX ou vers Canva. Vous sortez un premier jet en un après-midi, avec un rendu qui reflète votre voix plutôt qu'un template corporate. C'est l'option à tester en premier.
Figma reste solide pour les fondateurs qui veulent un rendu design sur mesure et contrôler chaque pixel. Courbe d'apprentissage moyenne, totale liberté visuelle, collaboration native.
Pitch (pitch.com) est l'outil dédié, pensé pour les startups, avec des templates spécifiques pitch deck, analytics intégrées (vous voyez qui a lu quoi, quelle slide a été la plus vue), versioning. Idéal si vous êtes en roadshow actif et que vous voulez tracker l'engagement.
Canva fonctionne pour un premier deck rapide si vous n'avez rien d'autre sous la main. Templates préfaits, édition intuitive. La contrepartie : votre deck ressemble à beaucoup d'autres decks Canva. Acceptable en pré-seed, moins en série A.
Google Slides et PowerPoint font le travail, mais vous obligent à faire le design vous-même. À réserver si vous avez un designer dans l'équipe ou si vous aimez passer des heures à aligner des pixels.
Faut-il passer par une agence spécialisée ?
Non, c'est une perte de temps et d'argent. Une agence facture plusieurs milliers d'euros pour un deck, une part de votre levée seed brûlée sur un objet que vous ne devez surtout pas sous-traiter. Le pitch deck raconte votre boîte, vos obsessions et votre voix : un prestataire produit un PowerPoint très propre que les investisseurs sentent à dix kilomètres comme "deck fait par une agence", exactement ce que vous voulez éviter.
La bonne approche : vous le faites vous-mêmes avec Claude Design. Vous briefez Claude sur votre boîte, votre structure en 14 slides, le ton, les couleurs. Vous sortez un premier jet en quelques heures, vous itérez jusqu'à ce que ça sonne juste. Vous gardez la main sur la narration, vous obtenez un rendu supérieur à la plupart des decks d'agence, et vous économisez des semaines de va-et-vient et le budget d'une agence.
Le seul cas où une agence peut se défendre : série A et au-delà, avec un besoin de cohérence graphique très marquée sur un univers de marque déjà défini, et un designer en interne pour cadrer la livraison. Dans tous les autres cas, vous perdez votre temps en sous-traitant.
D'où viennent ces observations
Vincent et Théo, cofondateurs de swanbase, ont écrit la structure en 14 slides et la liste des sept erreurs de ce guide. Les temps de lecture viennent de l'étude DocSend publiée en 2022, les exemples de decks des sources publiques liées dans chaque section.
swanbase organise aussi La Douche Froide, une soirée publique et gratuite, sur inscription Luma. Chaque participant tire une situation au chapeau, prépare son pitch pendant 5 minutes et le présente en 30 secondes à 2 minutes, puis les deux cofondateurs de swanbase le reprennent devant la salle. Personne n'y projette de deck : les fondateurs s'y entraînent à l'oral. Les prochaines dates figurent sur la page des événements.
swanbase accompagne des fondateurs early-stage sur le long terme, 0 €, sur candidature : présentez votre projet.
FAQ
Combien de slides dans un pitch deck ?
Un pitch deck efficace contient 10 à 15 slides, plus 5 à 10 slides d'annexes pour les Q&A. En dessous de 10, il vous manque des éléments essentiels (équipe, traction, levée). Au-dessus de 15, vous perdez l'investisseur. La structure swanbase en compte 14.
Quels sont les meilleurs pitch decks ?
Aucun classement officiel n'existe. Les plus étudiés sont des decks rendus publics après la levée : Airbnb (2008), UberCab (2008), LinkedIn (série B de 2004), Coinbase (seed de 2012) et Front (série B de 2018). Côté français, Tilkee a publié le deck de sa série A de 2018. Pour la structure, les trames de Sequoia et de Y Combinator servent de référence.
Quels sont les 3 types de pitch ?
Un pitch deck existe en trois versions. Le teaser de 3 à 5 slides part en cold email avant le premier échange. Le master deck de 14 à 15 slides, avec annexes, est lu seul par l'investisseur après un premier rendez-vous positif. Le deck projeté accompagne le pitch oral, avec moins de texte et plus d'images. Pour l'oral, préparez aussi trois durées : 30 secondes, 3 minutes et 15 minutes.
Quelle différence entre pitch deck et business plan ?
Le pitch deck est un support visuel court (10 à 15 slides, lu en quelques minutes) destiné à convaincre un investisseur de prendre rendez-vous. Le business plan est un document long (20 à 50 pages) avec projections financières détaillées, lu en phase de due diligence. Le pitch deck donne envie, le business plan rassure. Faites d'abord le pitch deck.
Qu'est-ce que le métaproblème dans un pitch deck ?
Le métaproblème est le problème que rencontre la personne qui essaie de résoudre le problème initial. Le problème initial serait « j'ai faim » ; le métaproblème, « les alternatives pour manger livré coûtent trop cher, mettent 50 minutes et se trompent de commande ». Dans la structure swanbase, il occupe la slide 3, juste après le problème initial.
Quelle est la première slide à soigner ?
La slide 3, le métaproblème. C'est la plus importante du deck : elle montre à l'investisseur que le marché est réel. Si vous devez couper une slide, gardez toujours celle-là.
Quel outil utiliser pour créer un pitch deck ?
Claude Design (Anthropic Labs) est notre recommandation par défaut : vous briefez Claude sur votre boîte et la structure, vous itérez par la conversation et vous exportez le deck en PPTX ou vers Canva. Alternatives solides : Figma pour un rendu design sur mesure, Pitch (pitch.com) pour l'analytics roadshow intégré, Canva pour un premier deck très rapide. Google Slides et PowerPoint demandent beaucoup d'alignement manuel des pixels. Payer une agence pour faire vos slides est une perte de temps.
Combien de temps un investisseur passe-t-il sur un pitch deck ?
D'après les données publiées par DocSend en 2022, un VC passe en moyenne 3 minutes 20 secondes sur un deck seed. Le business model (64 secondes) et le produit (59 secondes) retiennent le plus son attention, devant la traction et l'équipe.